Atypique

               

Lecteurs, lectrices, types typés, typesses atypiques, titans, cyclopes et autres monstres marins,
Puisque nous voilà donc enfin parvenus à Gaia, mère de nos délires anthropocentriques, puisque nous voilà adolescents frimeurs du dernier millénaire, fiers de nos pilosités mais confus de notre parenté avec le bonobo, nous déifiants entre deux copulations simiesques, désireux de tuer nos pères dominateurs et à la recherche d’un « pater noster » unificateur, puisque nous voilà en cette gabégie économique, idéologique et religieuse, en cette entropie bordélique quantique, le cœur l’esprit et le cul entre deux chaises (voilà ! voilà ! elle arrive la principale…) profittons allègrement (comme le dirait Claude) de la plus incroyable caractéristique de nos cortex d’homo sapiens, j’ai nommé la réflexivité, et tentons de saisir le contenu du terme atypique supposé qualifier ce canard local.
Pour ce faire, je me suis empressé tel l’élève analphabète chronique que je suis de consulter mon dictionnaire et j’y ai découvert la définition qui suit.
Atypique : qui diffère du type habituel, que l’on peut difficilement classer.
L’atypique fut-il fortement typé est donc avant tout un inclassable, et bien qu’on ne puisse pas dire que c’est un sale type chacun de nous productif au sens politiquement correct du terme, c’est à dire apte à fonctionner tel une photocopieuse, succeptible de reproduire à l’infini le modèle de la pensée rentable (uniquement traduisible en chiffre), chacun de nous disais-je sait combien il peut être stressant (comme le dirait Barbara) de devoir cotoyer cet individu non conforme au modèle référant nommé norme (Taratata tsouin tsouin) mais encore combien il peut être pénible de devoir reconnaître parfois même notre incapacité à driver (vroum vroum !) l’énergie libidinale de certains de nos mouflets déjà pervers polymorphes et donc potentiellements atypiques qui risquent de passer le plus clair de leurs vies d’adultes à se badigeonner le berlingot et à caracoler tel Narcisse, Don Quichotte, Icare, le Petit Prince, Jonathan Livingston, et autre pervers de la bande… (c’est pour ça qu’il faut faire attention)
Des études statistiques récentes (pardonnez ma vulgarité) ont démontré l’inconfort psychologique éprouvé par ceux qui ont cotoyé des atypiques et la nécessité de se distencier de ce genre d’individu est aujourd’hui privée de démonstration. C’est une notion première comme le disent les mathématiciens, un axiome de raisonnement.
Cependant l’atypique n’est pas toujours dénué d’intérêt , il peut même s’avérer momentanément utile.
Inventif et joueur il est capable par exemple de s’amuser avec vos doigts de pied ou avec le lobe de votre oreille gauche plusieurs heures durant et tel un adepte de la téléportation de vous faire visiter le sommet du Popocatepelt et même s’il est en forme la galaxie d’Andromède et le nuage de Magellan, alors que votre type habituel vous fait péniblement grimper au dernier étage des Nouvelles Galeries pour causer tuperware avec son air débonnaire (comme le dirait Sandrine).
Vous pourriez même peut-être aimer véritablement ce phénomène humain ce que durent les roses, l’espace d’un matin de poète et le larguer ensuite subito presto au coin d’une rue dans un de ces petits récipients verts réservés à cet effet, et vous auriez ainsi l’occasion de sentir votre âme redevenue sainte auprès de votre famille qui vous félicitera invariablement de ce retour à la raison.
L’atypique présente également l’avantage non négligeable de pouvoir étonner vos amis, et puisqu’il faut toujours penser au bon côté des choses, et qu’à quelque chose malheur est bon (et j’en passe des meilleures), sachez profitter de cette opportunité.
Vous pourriez par exemple cotoyer quelques temps un père de famille nombreuse devenu homosexuel après vingt ans de mariage (cele est du plus bel effet) ou bien un trotskiste devenu successivement moine au Tibet puis pilote d’hélicoptère en Patagonie, ou encore un noir du Burkina Fasso champion de natation en été et boulanger en hiver.
Mais je fais confiance à votre instinct pour dégotter la perle rare qui attestera de votre ouverture d’esprit.
N’oubliez jamais braves gens que ce qui est rare est cher (comme le dirait Stéphane).
En résumé si l’atypique fait peur parce qu’il symbolise l’inconnu, il peut aussi rassurer car il est succeptible de rompre la monotonie et que c’est grâce à ceux qui sont différents que peuvent se reconnaître entre eux ceux qui se disent semblables.
Enfin s’il vous arrivait de cerner une quelconque ressemblance entre vous-même et cet énergumène maintes fois sus-cité, dites vous qu’elle est purement fortuite et n’hésitez pas à vous approprier ce vieux dicton tchécoslovaque : « Ignore ceux qui t’ignorent et crée ton propre univers. »Hubert Félix de Baumont Breysse de la Cabrerisse



                     Gilles